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“VERS UN THÉÂTRE ÉQUITABLE.” |
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Étonnant de constater que le citoyen lucide, soucieux
du monde dans lequel il vit et vivront ses enfants, se préoccupe à juste
titre de son environnement, de la qualité des produits qu’il achète et de la
façon dont se fabriquent ou se cultivent ces produits (pesticides,
exploitation des enfants, salaires de misère, etc.) mais relâche parfois son
attention dès qu’il va au théâtre. Devenu spectateur, le voilà souvent qui court sans trop réfléchir se jeter dans le fauteuil moelleux d’un quelconque hypermarché de la culture, et qu’il se gave de spectacles sursaturés en vieilles ficelles et tape à l’oeil, en affiches publicitaires gigantesques et programmes en papier glacé, avec quelques vagues vedettes en guise d’agents de saveur, d’énormes scénographies pour les colorants et des abonnements huit mois à l’avance comme conservateurs. Avec ça, se dit-il, il est sûr d’en avoir pour son argent et c’est pour cela qu’aux saluts, il applaudit à tout rompre même s’il a dormi pendant deux heures.
Dire aussi à ce spectateur que les comédiens qu’il
voit là, sur la petite scène à cinq mètres de lui, ont un jeu nécessairement
plus précis et plus difficile qu’à vingt, que ces comédiens sont souvent les
mêmes, que l’on peut les voir évoluer, changer, mûrir... (comme ceux qu’on
voit à la télé ou au cinéma) qu’ils habitent la même ville, le même village,
le même quartier qu’eux. Dire à ce spectateur qu’ils construisent leurs
décors, fabriquent leurs costumes sur place, que ces artistes participent du
lien social, qu’ils tissent entre les gens des rencontres, des émotions
rares et fortes, qu’ils sont présents dans la cité, qu’ils dirigent des
ateliers, interviennent dans vos collèges, vos lycées, vos universités,
qu’ils font partie intégrante de la vie locale. Dire enfin, sans misérabilisme, que ces théâtres-là auraient vraiment besoin d’être fortement soutenus par les institutions : puisqu’il s’agit de l’argent des contribuables locaux, que cet argent ne serve pas uniquement des projets démesurés et lointains sous prétexte de répercutions nationales, médiatiques, éphémères et hasardeuses. Que certaines mairies, conseils généraux, conseils régionaux, que la DRAC (ministère) arrêtent de vouloir notre mort à petit feu mais plutôt qu’elles viennent voir ce que nous faisons, qu’elles nous aident à avoir du travail ici, des lieux pour travailler ici, pour se former ici, pour s’exprimer sans faire la manche et pour en finir une bonne fois avec cette précarité qui nous colle à la peau depuis la nuit des temps.
À tous ces lieux aussi d’être à la hauteur ! D’exiger une qualité professionnelle des artistes digne de la confiance du spectateur.
À nous de ne pas faire n’importe quoi, de travailler
dans l’amour de notre Art et l’éthique de notre métier. Francis Azéma |
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