FORMATIONS

Dans le cadre du projet Molière 2022, initié par Francis Azéma en février 2017, nous proposons un atelier théâtre les lundis soir.

 

Enseignant

 

Francis Azéma, directeur du Théâtre du Pavé et de la compagnie Les vagabonds, fondateur du Grenier Théâtre, professeur au Conservatoire National de Région de Toulouse, comédien et metteur en scène : Les oranges d’Aziz Chouaki, Outrage au public de Peter Handke, Les justes d’Albert Camus, La mouette d’Anton Tchekhov, Derniers remords avant l’oubli, Les règles du savoir-vivre dans la société moderne de Jean-Luc Lagarce, Le Misanthrope de Molière…

 

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L’atelier

 

A travers les grands textes, les grands auteurs du répertoire, je propose à une petite équipe d’apprentis-comédiens un atelier de pratique du jeu de l’acteur. Des scènes serviront d’initiation au travail de la mémoire, de la diction, de la respiration, de l’alexandrin, du corps en mouvement, de la gestion du sentiment, de l’adresse au partenaire, de la créativité intuitive, de la dramaturgie… les multiples aspects de la technique indispensable du jeu de l’acteur.
Fidèle à mon souhait d’un statut d’apprenti pour le débutant, je vais essayer de mettre en place pour l’élève une alternance entre cette formation en atelier et celle du plateau. La théorie mise au plus tôt en pratique pour cristalliser les acquis, les éprouver. Pour cela, je permettrai à certains, choisis, de me rejoindre parfois dans des créations sur la scène du Pavé, favoriserai les demandes de scènes ouvertes des élèves et mettrai en espace une série de présentations publiques d’un projet défini ensemble : Pièce, actes, scènes… et travaillé durant les dernières semaines avec les volontaires.

 

 

Profession de foi

 

En dehors de quelques règles de l’Art, de quelques fondamentaux reposant souvent sur le simple bon sens, existe t-il vraiment une « théorie » de l’acteur ?
Sous peine de formater paresseusement (et dangereusement) ses élèves en les faisant tous travailler de la même façon : « Tiens-toi comme ça, parle comme ça, pense comme ça… », le professeur de théâtre cherchera plutôt à déceler chez chacun sa nature propre, son imaginaire, sa singularité qui fera plus tard sa force dans le collectif. Le professeur de théâtre travaillera dans l’humilité de son incertitude, évitera de se reposer systématiquement sur sa subjectivité, ses connaissances, ses goûts personnels et n’aura d’autre souci que l’épanouissement de l’apprenti comédien, de sa différence, de ce qu’il est ou sera ou devient. Le professeur curieux cherchera d’abord à apprendre, à comprendre, à douter avant de prétendre enseigner, transmettre.

 

Les théoriciens, les maitres, les grands « passeurs » de théâtre n’en sont pas moins indispensables à l’apprentissage, à la connaissance de l’art. Ils sont des exemples, non des modèles. La lecture, pour la France, de Jacques Copeau, Louis Jouvet, Jean Vilar, Antoine Vitez, Patrice Chéreau, Peter Brook, Ariane Mnouchkine, Claude Régy et quelques autres, (qui n’écrivent d’ailleurs souvent que leurs propres et multiples expériences de praticien) nous aidera à construire notre regard personnel, à éviter de multiples écueils ou redites, à mieux nous situer dans le monde d’aujourd’hui en découvrant quelle est notre famille de théâtre.

 

Mais les apprentis comédiens ne sont pas tous encore des penseurs, des passeurs de théâtre. Ils sont d’abord et surtout des faiseurs de théâtre. Des bâtisseurs. Ils ne se « refilent » pas des théories ou des méthodes comme on se lance une patate chaude mais préfèrent l’errance de la scène, l’aventure du plateau, leur île déserte, leur étrange forêt, leur établi. Ils tâtonnent sur les planches, à travers les textes, les mots, les sentiments, les émotions que leur renvoient les auteurs. Leur corps, leur voix deviennent un violon ; leur personnalité, leur nature, leur sensibilité en seront l’archet.

 

Il faut donc, avant toute chose, apprendre à s’en servir. Que ferai-je d’un violon, même d’un Stradivarius, si je ne sais pas jouer ? Je dois inventer « mon » théâtre. Le fabriquer. Ne surtout pas reproduire bêtement celui des autres, m’en inspirer parfois si je le peux.

 

Alors il faut jouer ! L’apprenti comédien ne pourra jamais apprendre, jamais comprendre, jamais se connaitre vraiment pendant les cours, devant ses camarades, ses professeurs, ses amis. Il lui manquera toujours l’autre moitié du théâtre : la salle, les gens.
S’il ne joue pas tôt en public, il tombera de bien trop haut en quittant le cocon douillet des cours et pourra se faire vite très mal.
Il cultivera donc ce besoin vital et nécessaire de partage, d’offrande, de prise de risques intense avec le vrai monde, avec les vrais gens, le public, pour se connaitre, pour s’évaluer « du dedans », pour mieux comprendre son jeu, son théâtre, et découvrir comment le spectateur le reçoit. C’est parfois un peu douloureux au début parce que ce n’est pas toujours très bon, mais… c’est la vie. La vraie. La seule. Il faut apprendre le métier avec cette abnégation du boxeur qui doit accepter d’abord de recevoir quelques coups et à s’y habituer sereinement… ou ne pas faire de boxe.
L’apprenti qui s’exercera souvent sur scène, sans filet autre que l’annonce au public de son
statut d’élève, évoluera beaucoup plus profondément, beaucoup plus intensément car il sera à chaque seconde son propre guide, il analysera ses échecs, comprendra et se corrigera mieux demain et après-demain… Imagine t-on sincèrement que l’on apprend vraiment à nager sur le carrelage de la piscine ? Que l’on peut faire du sport, des entrainements, sans matchs ou compétitions ? Oui, peut-être chez le sportif du dimanche… et encore.
Le jeune comédien est comme ces travailleurs manuels, ces artisans. Ils créent, travaillent et sentent d’abord avec leur corps, leurs mains, leur coeur, et non directement avec leur cerveau.
Maitriser sa technique, trouver le geste juste, la bonne respiration de la salle, écouter le silence ou le rire, voilà sa quête de précision, son désir d’harmonie.
Il privilégiera son instinct, son intuition, sa spontanéité, sa fragilité, sa technique naissante et réfléchira… ensuite. Dans la loge ou en cours ou en répétition ou chez lui ou dans la rue… Mais il jouera encore et encore. « Dix ans de pratique » dit Jouvet. Il a raison. Il vaut mieux commencer tôt.

 

Tristes professeurs qui brident leurs jeunes élèves en leur imposant de ne surtout pas jouer
comme on punirait un enfant. Sont-ils aigris, envieux, maussades ? Tant pis pour eux. Que
l’élève désobéisse alors, et que le théâtre soit une fête de carnaval. Une révolte. Qu’il s’empare du théâtre, le vole et le garde pour lui !
Le Théâtre appartient d’abord à ceux qui le font, non à ceux qui en parlent.

 

Alors je me tais.

 

Francis Azéma